Tout médecin qui exerce en libéral cotise à la CARMF, la Caisse autonome de retraite des médecins de France. Elle gère à la fois la retraite, sur trois étages, et la prévoyance en cas d'arrêt de travail, d'invalidité ou de décès. C'est un socle réel, mais il a été pensé comme un minimum collectif, pas comme le maintien du niveau de vie d'un praticien installé. Voici ce qu'il faut comprendre, prestation par prestation.

Un régime obligatoire protège le médecin. Il ne protège pas toujours le niveau de vie qu'il a construit.

Qui cotise à la CARMF, et à partir de quand ?

L'affiliation est obligatoire pour tout médecin inscrit à l'Ordre et exerçant une activité libérale, même à temps partiel ou en complément d'un poste salarié. Elle prend effet le premier jour du trimestre civil qui suit le début d'activité. Les médecins remplaçants peuvent demander une dispense en dessous d'un certain seuil de revenu.

La CARMF gère quatre régimes : la retraite de base, le régime complémentaire vieillesse, l'allocation supplémentaire de vieillesse réservée aux médecins conventionnés, et le régime invalidité-décès. Un point de vigilance dès l'installation : entre le début réel d'activité et la prise d'effet de l'affiliation, la couverture invalidité-décès n'est pas encore en place.

Comment se construit la retraite d'un médecin libéral

La retraite de base, commune à l'ensemble des professions libérales et détaillée dans notre guide du régime de base, est plafonnée et ne représente qu'une fraction de la pension. L'essentiel se joue sur le régime complémentaire vieillesse et sur l'allocation supplémentaire de vieillesse, dont une partie de la cotisation est prise en charge par l'Assurance Maladie pour les médecins de secteur 1.

La pension moyenne d'un médecin tourne autour de 3 000 € bruts par mois, tous régimes obligatoires confondus. Pour un praticien dont les revenus d'activité se comptent en plusieurs milliers d'euros mensuels, l'écart avec le dernier revenu est net, et il se creuse à mesure que les revenus augmentent : au-delà des plafonds de cotisation, les points cessent de s'accumuler.

Arrêt, invalidité, décès : ce que la CARMF verse vraiment

En cas d'arrêt de travail, l'Assurance Maladie verse des indemnités journalières du 4e au 90e jour. La CARMF, elle, ne prend le relais qu'à partir du 91e jour, pendant 36 mois au maximum, avec des montants qui dépendent de la classe de cotisation.

En cas d'invalidité totale et définitive, une rente est versée jusqu'à la retraite, de l'ordre de 23 000 à 31 000 € par an selon le revenu. En cas de décès, la CARMF prévoit un capital de l'ordre de 70 000 €, complété d'une rente au conjoint survivant et d'une rente d'éducation par enfant. Le régime invalidité-décès a été réformé au 1er janvier 2025 pour devenir plus proportionnel aux revenus.

Les angles morts à connaître

Trois zones d'ombre reviennent systématiquement. D'abord, les 90 premiers jours d'arrêt : la CARMF ne verse rien, seules les indemnités plafonnées de l'Assurance Maladie interviennent. Pour un cabinet aux charges fixes élevées, ce trimestre peut peser lourd.

Ensuite, l'invalidité partielle n'est pas indemnisée par la CARMF, alors qu'elle est fréquente : un médecin peut continuer à exercer à temps réduit sans rien percevoir. Enfin, un capital décès de l'ordre de 70 000 € et des rentes plafonnées restent modestes face à un emprunt professionnel, un prêt immobilier et des enfants à charge.

Ce que le cabinet construit en complément

Prenons un médecin généraliste installé depuis dix ans, autour de 90 000 € de revenu annuel. Sur le papier, il est « couvert ». En réalité, un arrêt de trois mois ne déclenche aucune indemnité de sa caisse, une invalidité partielle le laisse sans relais, et un décès laisserait sa famille avec un capital sans rapport avec ses engagements.

Le cabinet part de ces écarts précis. Une prévoyance calibrée fait démarrer les indemnités dès les premiers jours d'arrêt, couvre l'invalidité partielle bien avant le seuil du régime obligatoire, et dimensionne le capital décès sur les charges réelles du foyer. Côté retraite, une stratégie d'épargne vient combler l'écart entre la pension et le dernier revenu. Tout part d'un audit social et patrimonial qui chiffre, risque par risque, ce que la CARMF laisse à découvert.

Ce qu'il faut retenir

La CARMF protège le médecin, mais selon une logique de minimum : franchise de 90 jours, invalidité partielle absente, capital décès modeste, pension plafonnée. Plus le revenu est élevé, plus l'écart avec le niveau de vie réel se creuse.

Comparer, prestation par prestation, ce que verse votre régime et ce dont votre foyer a besoin est exactement le travail que mène le cabinet. Vous retrouvez le lien vers votre caisse et les autres régimes sur notre page principales caisses.