Créer une SAS séduit de nombreux entrepreneurs pour sa souplesse. Mais beaucoup découvrent trop tard une réalité essentielle : la protection sociale du président de SAS dépend directement de sa rémunération. Et les écarts peuvent être très importants entre un président rémunéré, un président non rémunéré et un dirigeant qui touche encore le chômage.
Un dirigeant surprotège souvent son entreprise… mais pas lui-même.
Président de SAS rémunéré : un statut proche du salarié
Lorsqu'un président de SAS perçoit une rémunération, il relève du régime général de la Sécurité sociale en tant qu'« assimilé salarié ».
Il bénéficie presque de la même protection sociale qu'un salarié classique : remboursement des frais de santé, indemnités journalières en cas d'arrêt maladie, pension d'invalidité, retraite de base. Mais sans assurance chômage.
Frais de santé : une couverture automatique
Depuis la mise en place de la PUMA (Protection Universelle Maladie), un président rémunéré bénéficie automatiquement du remboursement de ses soins et de la prise en charge maladie et maternité.
Aucune durée minimale d'activité n'est exigée.
Arrêt maladie : combien touche réellement un président de SAS ?
C'est souvent ici que les dirigeants tombent de haut. Les indemnités journalières versées par la Sécurité sociale représentent 50 % du salaire journalier de base, calculé sur les 3 derniers mois de rémunération.
Depuis 2025, le plafond de calcul a été réduit. Il est désormais limité à 1,4 SMIC mensuel, soit environ 2 522 € brut par mois, contre 1,8 SMIC auparavant.
Exemple concret : un président rémunéré à 3 500 € brut/mois
Même avec ce niveau de rémunération, les indemnités journalières resteront plafonnées. Le dirigeant pourra percevoir environ 42 € par jour maximum, soit environ 1 260 € par mois.
Très loin de son revenu habituel.
Les conditions pour toucher des indemnités journalières
Pour être indemnisé durant les 6 premiers mois d'arrêt, il faut notamment avoir travaillé au moins 150 heures sur les 3 derniers mois, ou avoir cotisé sur un salaire minimum de 12 058 € sur les 6 derniers mois.
Au-delà de 6 mois d'arrêt, les conditions se durcissent : être affilié depuis au moins 12 mois et avoir cotisé sur au moins 24 116 € de rémunération annuelle, ou avoir travaillé 600 heures sur 12 mois.
Invalidité : des pensions souvent insuffisantes
Le président de SAS rémunéré peut bénéficier d'une pension d'invalidité, mais les montants restent relativement limités.
Invalidité catégorie 1 (capacité à travailler partiellement) : maximum 1 177 € par mois. Catégorie 2 (impossibilité de travailler) : maximum 1 962 € par mois. Catégorie 3 (besoin d'assistance quotidienne) : maximum 3 229 € par mois, dont une majoration d'aide humaine d'environ 1 288 € mensuels.
Pour un dirigeant gagnant 5 000 €, 8 000 € ou 10 000 € par mois, la protection sociale de base reste souvent très insuffisante. En cas d'arrêt de travail, d'invalidité ou de décès, la chute de revenus peut être brutale.
Président de SAS non rémunéré : quasiment aucune protection
C'est le point le plus méconnu. Un président de SAS non rémunéré n'est pas affilié au régime général.
Grâce à la PUMA, il continue à bénéficier du remboursement des frais de santé. Mais il perd les indemnités journalières, les droits invalidité, la retraite liée au mandat et la couverture prévoyance automatique.
Un président non rémunéré qui tombe malade pendant 6 mois pourra percevoir 0 € d'indemnités journalières, même s'il travaille à temps plein dans sa société.
Cas particulier : le président de SAS qui touche le chômage
De nombreux créateurs d'entreprise cumulent création de SAS et allocations chômage. Deux options existent généralement.
Le maintien des allocations chômage (ARE) : le dirigeant continue à percevoir chaque mois une partie de ses allocations. Il conserve sa protection sociale antérieure et peut encore toucher des indemnités journalières, calculées sur son ancien salaire. Un ancien cadre qui percevait 4 500 € brut/mois avant son licenciement pourra conserver une protection sociale basée sur cette ancienne rémunération.
Le versement en capital (ARCE) : recevoir une partie des droits chômage sous forme de capital. Depuis 2023, l'ARCE représente 60 % des droits restants. Mais attention : contrairement à l'ARE, l'ARCE ne crée aucune protection sociale. Un entrepreneur qui choisit 30 000 € d'ARCE mais ne se verse aucun salaire ensuite peut se retrouver sans aucune indemnisation en cas d'arrêt maladie.
Pourquoi ce sujet est stratégique
Beaucoup de dirigeants privilégient l'optimisation fiscale, les dividendes ou l'absence de rémunération. Mais oublient un point essentiel : moins de rémunération = moins de protection sociale.
Ce qu'il faut retenir
Président rémunéré : couverture proche d'un salarié, frais de santé pris en charge, indemnités journalières possibles, pension d'invalidité, mais pas de chômage et une couverture souvent insuffisante pour les hauts revenus. Président non rémunéré : pas d'indemnités journalières, pas de retraite liée au mandat, protection très limitée. Chômage + création de SAS : l'ARE maintient la protection sociale, l'ARCE donne un capital sans protection associée.
Dans la pratique, beaucoup de présidents de SAS découvrent les limites de leur couverture uniquement après un arrêt de travail, un accident, une invalidité ou un décès. Une stratégie de rémunération efficace ne doit donc pas seulement optimiser les charges ou les impôts : elle doit aussi sécuriser les revenus du dirigeant, sa famille et la continuité financière du foyer.